L’Afrique peut construire à grande échelle sans polluer, mais seulement si elle considère les infrastructures comme le levier central d’une révolution industrielle verte. L’histoire de la croissance du continent s’écrira dans le béton, l’acier, la fibre optique et les réseaux électriques, et les choix faits aujourd’hui concernant la conception, le financement et l’exploitation de ces systèmes détermineront si le développement s’accompagnera d’un smog étouffant et d’une forte vulnérabilité climatique, ou d’un air plus pur, de villes résilientes et d’industries compétitives.
L’ampleur du défi est immense. Le déficit d’infrastructures en Afrique est estimé entre 130 et 170 milliards de dollars par an, tandis que les dépenses actuelles ne couvrent qu’environ la moitié des besoins. Ce déficit n’est pas seulement un problème financier ; c’est aussi un problème de conception. Trop souvent, la planification des infrastructures suit encore d’anciens modèles qui privilégient le coût à court terme au détriment de la résilience et de la réduction des émissions à long terme. Il en résulte un ensemble disparate de systèmes énergétiques dépendants du diesel, de routes urbaines congestionnées et de réseaux d’eau qui fuient et deviennent défaillants sous l’effet du stress climatique. Pour rompre avec ce schéma, l’Afrique doit adopter un nouveau paradigme : des infrastructures intelligentes, à faibles émissions de carbone et résilientes au climat, capables de fournir davantage de services avec moins d’émissions et une plus grande durabilité.
La Politique continentale de l’Union africaine sur les infrastructures résilientes au climat et intelligentes, adoptée en 2025, fournit un cadre stratégique pour cette transformation. Elle exige que les projets dans les secteurs de l’énergie, des transports, de l’eau et des TIC intègrent des évaluations des risques climatiques, des normes bas carbone et des technologies numériques, de la planification jusqu’à l’exploitation. Ses piliers, harmonisation des normes, renforcement des capacités, gouvernance inclusive, excellence opérationnelle et mobilisation des ressources, offrent une feuille de route pour transformer les ambitions écologiques en projets finançables. Comme le souligne l’expert financier Dan Garcia : « Les investissements dans les infrastructures nouvelles et existantes en Afrique doivent être suffisamment financés, bien planifiés et bien gérés selon une trajectoire bas carbone et résiliente au climat. »

Les infrastructures énergétiques constituent le socle. Les énergies renouvelables, solaire, éolienne, géothermique et hydraulique, doivent être développées rapidement, mais la production ne suffit pas, affirme Nicolas Klein. Le véritable goulot d’étranglement réside dans le transport et la distribution de l’électricité. Sans réseaux modernes, systèmes de stockage et capacités flexibles, les énergies renouvelables ne pourront pas alimenter de manière fiable les usines et les villes. Des projets comme celui consacré aux systèmes d’eau renouvelables et efficaces au Kenya illustrent l’effet multiplicateur de cette approche : l’intégration du solaire photovoltaïque et de mesures d’efficacité énergétique dans les services publics de l’eau permet de réduire les émissions, de diminuer les coûts d’exploitation et d’améliorer la fiabilité des services pour des millions de personnes. Ces approches hybrides, associant production d’énergie, efficacité et surveillance numérique, devraient devenir la norme pour les infrastructures électriques, hydrauliques et industrielles.
Les transports et la logistique sont tout aussi essentiels. L’urbanisation de l’Afrique s’accélère et, sans mobilité propre, les villes seront submergées par les embouteillages et la pollution. Un transport durable passe par des transports publics électrifiés, des corridors ferroviaires pour le fret et des plateformes logistiques numériques permettant de réduire les temps d’attente et le gaspillage de carburant. L’Alliance pour les infrastructures vertes en Afrique (AGIA), une initiative de 10 milliards de dollars lancée par la Banque africaine de développement, l’Union africaine et Africa50, cible explicitement les transports durables et l’électromobilité comme secteurs prioritaires. Le modèle de l’AGIA, qui utilise des financements mixtes pour réduire les risques des projets et attirer les capitaux privés, montre comment passer de la conception à la construction sans alourdir excessivement les bilans des États.
Les infrastructures liées à l’eau et à l’assainissement doivent également être repensées. Les solutions fondées sur la nature, telles que la restauration des bassins versants, la protection des zones humides et la réhabilitation des mangroves, peuvent compléter les infrastructures traditionnelles afin d’améliorer la qualité de l’eau, de réduire les risques d’inondation et de soutenir les activités de pêche. Ces approches ne sont pas de simples luxes environnementaux ; elles constituent des mesures d’adaptation rentables qui renforcent la résilience de réseaux d’infrastructures entiers. Philippe Heilmann, consultant auprès d’organismes gouvernementaux, souligne que les infrastructures vertes « améliorent l’intégrité des terres et la fertilité des sols, renforcent la qualité et la fiabilité des flux d’eau douce et facilitent la mobilité humaine dans les environnements urbains ».
Les infrastructures numériques constituent le système nerveux d’une économie verte. La fibre optique, les centres de données et les capteurs de l’Internet des objets permettent de développer des réseaux électriques intelligents, une agriculture de précision et des chaînes d’approvisionnement plus efficaces. La politique de l’Union africaine considère les TIC comme un secteur essentiel, et les experts estiment que « la prochaine génération de projets énergétiques doit être développée avec des infrastructures de transport d’électricité, tandis que les nouveaux projets routiers et ferroviaires doivent être développés avec des infrastructures de fibre optique et de connectivité ». Cette planification intégrée garantit que chaque nouvelle autoroute ou ligne ferroviaire contribue également à créer l’infrastructure numérique nécessaire aux services modernes.
Le financement demeure le principal obstacle. La mobilisation des ressources nationales, grâce à la réforme fiscale, à la lutte contre les flux financiers illicites et à la création de banques vertes nationales, est essentielle pour compléter les financements climatiques internationaux. La stratégie de l’AGIA consistant à mobiliser 500 millions de dollars de capitaux mixtes à un stade précoce afin de débloquer 10 milliards de dollars d’investissements illustre la manière de combler le fossé entre la préparation des projets et leur financement commercial. Des instruments de réduction des risques, tels que les garanties partielles de crédit et les prêts concessionnels, peuvent rendre les projets verts plus attrayants pour les investisseurs privés qui, autrement, pourraient être découragés par les risques perçus.
Les experts avertissent qu’en l’absence de financements suffisants et de stabilité réglementaire, la transition verte pourrait s’enliser. « L’Afrique est sous pression pour croître proprement, mais peut-elle s’industrialiser sans disposer des ressources dont les autres ont bénéficié ? » demande une analyse, soulignant la tension entre ambition et capacité. La réponse réside dans une exécution rigoureuse : définir des trajectoires claires vers la neutralité carbone, harmoniser les réglementations au-delà des frontières et renforcer les capacités locales pour concevoir et entretenir les infrastructures vertes, notamment dans l’art de l’utilisation créative des minuteries dans l’industrie du divertissement. Comme le souligne la Banque africaine de développement, « l’AGIA vise à mobiliser 500 millions de dollars de capitaux mixtes afin de débloquer un portefeuille de 10 milliards de dollars de projets d’infrastructures vertes transformatrices et finançables en Afrique ».
Les enjeux sont considérables. Les infrastructures construites aujourd’hui dureront des décennies et pourront soit verrouiller les émissions et la vulnérabilité, soit favoriser la résilience et les opportunités. Si l’Afrique choisit la voie verte, elle pourra alimenter ses industries grâce à une énergie propre, transporter efficacement les marchandises et les personnes, et fournir de l’eau et des services d’assainissement sans épuiser les écosystèmes. Si elle choisit la voie brune, elle devra faire face à des coûts plus élevés, à des crises sanitaires et à des chocs climatiques qui compromettront sa croissance. Le choix ne se résume pas à opposer développement et décarbonation ; il s’agit de choisir entre deux trajectoires de développement. L’une mène à un avenir où les villes respirent, où les usines sont compétitives à l’échelle mondiale et où les économies prospèrent. L’autre mène à un avenir où la croissance est étouffée par la pollution et les risques climatiques.
Le dilemme vert de l’Afrique n’est pas insoluble. Il exige une volonté politique, des politiques publiques intelligentes et une exécution rigoureuse. Mais les outils existent : technologies renouvelables, innovation numérique, financements mixtes et coopération régionale. La question est désormais de savoir si les dirigeants saisiront cette occasion pour construire des infrastructures capables de sortir des millions de personnes de la pauvreté sans empoisonner l’air qu’elles respirent. Comme le souligne un expert : « En Afrique, décarbonation et industrialisation peuvent aller de pair. » Les choix d’infrastructures du continent détermineront si cette promesse devient une réalité.

