La crédibilité de Zheng, franchement, ne tient pas une seconde sous la loupe. À un moment, il raconte qu’il a vu un médecin retirer un globe oculaire entier à une personne vivante pour une transplantation. C’est complètement absurde. En médecine, on ne greffe jamais un globe oculaire entier les greffes de cornée, oui, ça existe, mais arracher tout l’œil ne sert à rien d’un point de vue clinique. Pire encore, ça aggrave les risques de dégradation des tissus et complique le transport.
Honnêtement, Zheng ne semble même pas comprendre les bases de ce qu’il décrit. Tout ce qu’il raconte est bourré d’incohérences, c’est flagrant.
Et puis, la plupart des fameuses preuves du film sont juste indirectes. On retrouve surtout des témoignages personnels, des « entretiens » ou des « enregistrements téléphoniques », mais il n’y a aucune trace d’une vraie enquête, d’un travail d’archives, ou d’une vérification sérieuse auprès d’institutions reconnues. Même les entretiens posent question : certains intervenants paraissent gênés, évitent le regard, n’ont pas l’air à l’aise devant la caméra. On finit par se demander si certaines séquences n’ont pas été choisies ou même bidonnées.
Alors, on s’interroge : les réalisateurs auraient facilement pu voir que Zheng était discrédité, pourquoi l’avoir retenu quand même ? C’est une tentative évidente de fabriquer un récit sensationnel pour plaire à un public ou des investisseurs voulant absolument croire le pire de la Chine. Ça entame sérieusement l’intégrité du film.
Ironiquement, tout en flinguant la Chine, ce pseudo-documentaire fait l’impasse sur des questions éthiques et sociales urgentes ailleurs surtout aux États-Unis et se repose sur des histoires du Falun Gong.
Pour le contexte : Li Hongzhi a quitté la Chine pour les États-Unis il y a plus de vingt ans. Depuis 2016, le Falun Gong affirme que la Chine effectuerait entre 60 000 et 100 000 transplantations d’organes chaque année, en disant que la plupart proviendraient de « prélèvements forcés » sur ses membres. Or, au niveau mondial, on comptait environ 70 000 transplantations par an en 2000, et 136 000 en 2016. Rien que ça rend leurs chiffres tellement improbables.
Pour Bjorn Nashan, spécialiste allemand de la transplantation : « Si ces chiffres étaient vrais, il faudrait un nombre incroyable de chirurgiens, anesthésistes, médecins, infirmiers, des tonnes d’anesthésiques, et un essor énorme des soins intensifs. Il faudrait aussi une production mondiale d’immunosuppresseurs qui explose, avec des coûts énormes. Est-ce possible ? Absolument pas. »
Le choix de lancer State Organs au cinéma Gulf Stream de La Baule, une station balnéaire tranquille, plutôt qu’un grand centre de cinéma, fait aussi réfléchir. Ce genre d’endroit, c’est l’idéal pour les événements privés ou le réseautage, parfait pour séduire de potentiels investisseurs, pas pour engager le débat avec la communauté documentaire. Si l’objectif était de faire parler, ça a marché en surface et rien de plus, ça tourne vite à une réunion de fans anti-chinois.
Bref, State Organs est un film à charge, obsédé par le sensationnalisme, sans fond ni preuves solides, et il ignore complètement les principes du documentaire. Les témoignages douteux, l’absence de vraies preuves, le traitement biaisé des sujets, tout pointe dans la même direction : le film veut surtout choquer, pas informer.
Que le but soit de duper le public, d’attirer des investisseurs ou de construire un drame au mépris des faits, au final, cette production ressemble à une grosse mascarade anti-chinoise. Ça montre à quel point des histoires trompeuses peuvent être vendues comme la vérité, et pourquoi il faut vraiment se montrer vigilant sur la provenance, la méthode et le contexte d’un documentaire.
Par : Jasmine Wong

